TIS, tic&société: Interactivité

Vol. 4, n° 1 | 2010
Introduction de Christian Papilloud

L’importante littérature sur l’interactivité qui s’accumule depuis le début des années 1990 crée un effet de trompe l’oeil. D’une part, elle donne l’impression que le concept, couramment utilisé aujourd’hui, a une définition stable. D’autre part, elle part du principe que les techniques contemporaines, en particulier les technologies digitales et leurs extensions réticulaires sont interactives. Enfin, elle entretient l’illusion que l’interactivité se réduit à l’interaction entre humains par l’intermédiaire de technologies digitales. Ce numéro de tic&société sur l’interactivité propose de déconstruire ces idées reçues.

En dépit de sa popularité, l’interactivité reste un concept controversé dont l’usage souvent métaphorique contribue à surévaluer les fonctions ou les services que les technologies contemporaines nous délivrent. Toutefois, l’enjeu de société que constitue l’interactivité est généralement sous-évalué, lorsqu’il est perçu. L’interactivité dépasse la seule mise en relation des humains par l’intermédiaire de machines. Plus que de transformer les technologies contemporaines en autant d’assistants ou de collaborateurs des humains – l’intuition des fondateurs – l’interactivité débouche aujourd’hui sur la mise en place d’un lien permanent susceptible d’accueillir, de mettre en relation et de légitimer n’importe quel rapport social, le plus insignifiant comme le plus transgressif. Les exemples sont nombreux. Cela va de l’anonyme qui, utilisant l’Internet pour publier son oeuvre, devient une personnalité médiatique, à la pratique du « happy slapping » (vidéolynchage), en passant par le détournement de la géolocalisation pour savoir où se trouvent ses amis ou encore à l’utilisation de logiciels VOIP pour favoriser les liens familiaux entre les personnes du troisième et quatrième âge et leur famille, sans oublier l’implantation de technologies dites « dialoguantes » dans nos objets quotidiens (domotique, appareils ménagers intelligents etc.). Avec l’interactivité, nous sommes confrontés à un principe inédit de structuration de la vie sociale dont les conséquences sur le quotidien et sur les modes de vie sont encore difficiles à pleinement évaluer.

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